Voilà, c'est fait. AGITPROP microstructure indépendante de conception visuelle est en ligne depuis ce jeudi 24 Juin. Une annonce supplémentaire qui vient de s 'ajouter a l' interminable liste
des prétendants aux travaux de graphisme en tout genre, leurs recommandations invérifiables et autant d'effets d'annonce. Entre professionnels patentés qui y trouvent leur compte, robots recycleurs a dix euros la pioche et autres improvises du coup de crayon sauvage, comment exister dans un pareil boucan ? Crier plus fort, casser les prix, prétendre a tout et son contraire ? On a dit que les images parlaient d'elles mêmes et on ne se privera pas d'en montrer. Cependant, sur quel critère juger ? La laideur se vend mal aimait a répéter le sémillant publicitaire Raymond Loevy. C’était les années 50, et la chose semblait aller de soi. Mais la laideur estampillée 2018 ? C'est quoi, au juste ? Le terme même pose question. Comment s'en prémunir ? Ou trouver la recette ? Dans les pages "beauté » des magazines féminins ? Quelle jurisprudence praticable en ces matières ? Un bidule pareil ça ne se laisse pas saisir comme ça vient . La science exacte n'en saurait rendre compte. Et pas davantage le point de vue du café du commerce, supposé de bon sens ou prévaut la pure subjectivité. Il y a des règles, qui s' apprennent, laborieusement et qu' on choisit de suivre ou d'enfreindre parce que la connaissance émancipe . A défaut, on fera ce qu'on peut ! Il arrive qu'on parvienne à s 'en satisfaire. Post moderne ou pas, la ringardise s' ignore toujours .
J'ai fait la classe de Gabor, père et fils, au sein l’académie Julian, dont je suis diplômé avec mention. Typo Gabor fut en ces années une des plus florissante agence de graphisme de Paris, le père étant à l'origine d’innombrables polices de caractères et créateur entre autre du logo de la république française, ce qui n'est pas mal pour un immigré roumain ! Cinq années d'exercices et autant de conseils à leur côtés m'ont donné un peu de crédit et quelques convictions . Cependant, ma singularité est ailleurs, je crois. Mon associé et moi sommes trilingues. Russe français écrit et parlé, et anglais d'usage. Avons d'ailleurs vécu l'un et l'autre une dizaine d'années aux états unis. Un vocabulaire étendu, les mots, bruissant de mille signes, et ce sont les processus créatifs qui s' en trouvent fortifies. Plus agiles, plus vifs parce que nourris à la source même des langages .
Certes, le travail sur le sens n'est pas une nécessité. En matière de graphisme, une esthétique heureuse peut suffire, quand c'est la lettre qui parle ! Entraperçu l'étiquette d'un vignoble chinois frappée au nom du noble cépage « ROUGE » Ou cette copine couturière qui avait ajouté la fonction à son prénom parce que nous avions jugé ensemble que les deux mots Colette Modiste s 'accordaient bien en Californie ou le french vintage a la cote. Mais dans le cas des monogrammes ou simples initiales, un renfort de sens est souhaitable. L'idée de modularité, de réversibilité, de symétrie ou de rondeur peut passer par le seul jeu typographique, cependant, le procédé a ses limites. Seuls quelques lettres de l 'alphabet possèdent la plasticité nécessaire. Et distordre la lettre au delà d'un certain point pour en faire une figure expressive, lui fait perdre toute lisibilité. Dans la pratique, la probabilité de faire coïncider la lettre et le sens est faible. Une image en complément s’avère opportune.
Telle compagnie de taxi jugera que la représentation schématique d'une automobile aux cotes de ses initiales sera du meilleur effet. Tel artisan boucher de se convaincre que le profil d'une vache a viande apposée au nom de son établissement le fera mieux connaître... Que les machins compliques, c'est peut être bon pour les produit de luxe mais qu'ailleurs, on va droit au but. Ces professionnels oublient juste qu'ils sont "quelques uns" sur terre dans leur branche respective, et qu'a verser dans l'illustration littérale, ils ratent l'objectif premier qui est de se démarquer pour exister. Redonder le sens du mot ou de la fonction par sa représentation visuelle n'apporte rien en terme de stratégie de distinction.
Tout étant affaire de contexte, l'image d'une pomme figurant sur une bouteille de jus de fruit ou accolée à l'enseigne d'un petit maraîcher relève, à l'instar des exemples précédents de la plate convention. Mais la même image, associée aux appareils numériques, compte parmi l'un des plus efficace logo des trente dernières années ! Non parce que la stylisation graphique de la pomme soit remarquable ou que l'idée d'une pomme procède de la « licence poétique » ( Ou n’importe quoi se voit adoubé au rang de création ! ) Tout au contraire c'est du fait de sa parenté avec l'informatique, et sa vocation première consistant à consigner le savoir, que cette pomme jouit de la popularité que l'ont sait. Un parenté certes mais de nature symbolique et non littérale. Dissimulée, mystérieuse et polysémique, en quoi elle réclame un minimum d 'effort mental pour être saisie . Une manière d'établir la communauté de ceux qui auront assez de jugeote pour associer un certain fruit biblique, dit " de la connaissance" aux ordinateurs à la pomme ou se rappeler du sort funeste d'Alan Turing, précurseur génial des machines savantes qui mit fin à ses jour en croquant une pomme empoisonnée . Et il n 'est que de regarder les foules en délire, à l'annonce de la mise sur le marché d'un nouveau modèle de téléphone portable pour se convaincre de l'excellence de la stratégie globale de communication de la marque à la pomme. Ailleurs, une Seine bizarrement distordue sur un plan de la capitale agace le regard. On l'observe un instant avant de reconnaître le profil d'une personne . Et l'usager, de retenir durablement l'idée des transports publics à visage humain. On pourrait multiplier les modèles heureux, ils ne manquent pas ... Mais autant passer aux travaux pratiques.
C'était 2007, je crois à l'occasion d'un bref séjour a l' île de Ré . Nous fîmes la connaissance du PDG d'une petite antenne du média mastodonte Gaumont Buenavista International. Il s' occupait alors exclusivement de distribution, peinait à se trouver un logo. Sa structure s' appelait " Mercredi " parce qu' en France, une convention veut que ce soit le jour de sortie des nouveaux films en salle. Cette affaire de calendrier nous apparut aussitôt dénuée d'intérêt, en outre, tout le milieu du cinéma lui étant assujetti, en faire mention relevait du bavardage insipide. Une garantie d'invisibilité ! Le mot en revanche, était de ceux dont on perçoit la richesse sémantique. Une semaine plus tard, nous lui rendîmes visite dans ses locaux, au bas des champs Elysées et a l'issue d'un exposé ou il repris les mêmes arguments , je lui suggérais d'ouvrir un dictionnaire. Le mot français qui désigne le troisième jour de la semaine lui réserverait d'agréables surprises . Il apprit donc, dans la rubrique étymologie, que Mercredi, désignait le jour du Mercure, divinité romaine, mieux connue dans le panthéon grec sous le nom d'Hermès et qu'il était mû par un principe de médiation, contraint de par le fait à de constants voyages. Une paire de sandales ailées le désigne aux mortels comme le messager de l'Olympe. Le rôle d'un distributeur n'étant pas lui aussi d'assurer une forme de médiation entre cette Olympe des "créateurs" qu'est l'industrie du cinéma, et le milieu plus prosaïque des exploitants de salle, des médiathèques et des télés et leurs publics respectifs ? Inutile d'aller cherche plus loin, l'idée et la forme s' imposaient elles mêmes. Il en convint, enthousiaste. Nous ne connaissons rien de meilleur que de voir un client satisfait, s 'ébrouant dans son nouveau costume, taillé à sa juste mesure. Restait à représenter cette sandale volante de manière suffisamment explicite sans oublier les conventions du temps. Il y eut beaucoup de versions dont, une petite animation pour les besoins de la soirée de lancement. Ce " je ne sais quoi " d'insaisissable caractéristique du mythe est assez perceptible. Un peu comme cette séquence du film de Fellini ou des carriers découvrent une villa patricienne intacte dans la brèche d'un sous sol romain Et sous l'effet de l'air entrant, l'effacement progressif des fresques murales. La beauté est une idée fugace.
Pour tous ceux qui se seront donné la peine de nous lire, je les remercie pour leur patience, Parcourir quatre pleines pages sur Internet relève de l'exploit ! Mais du moins connaissent ils maintenant nos méthodes de travail, l'exigence que nous avons envers nous mêmes , et la nature exacte de nos engagements. Qu'ils n'en tirent pas des conclusions hâtives à propos de la finance. Tout se négocie. Entre personnes civilisées, on trouve toujours matière à s' entendre !